

L’intégrale des quatuors de Beethoven,
ou 25 ans de la vie d’un quatuor à cordes
Paru le 12 décembre 2019
MUSICWEB INTERNATIONAL (June 2021)
Ce n’est pas la première fois que je découvre le Quatuor Stanislas. En 2018, j’ai écrit une chronique sur l’intégrale des quatuors d’Henri Sauguet. D’autres CD présentaient la musique de chambre de Louis Thirion et de Jean Cartan, et les quatuors de Joseph-Guy Ropartz. Avec la parution de l’intégrale des quatuors de Beethoven, ils sont en territoire familier et solide. L’ensemble fut fondé en 1984, et cette parution coïncide avec son 35ème anniversaire en 2019. Ces enregistrements de concerts ont été réalisés dans deux salles, la salle Poirel et l’Opéra national de Lorraine, entre 1994 et 2019.
Pour avoir écouté les quatuors de Beethoven de nombreuses fois au cours des années, je suis frappé de voir à quel point ils nous sont intimes (…) Elégants et raffinés, les deux premiers quatuors en fa majeur et en sol majeur transmettent un charme haydnien, et le Quatuor Stanislas les interprète avec raffinement et élégance, particulièrement dans les mouvements lents, où le lyrisme est souligné avec éloquence. Le premier mouvement du no5 en la majeur est vigoureux et athlétique, et Laurent Causse au premier violon en tient avec légèreté et fluidité la ligne virtuose. Par contraste, le premier mouvement du quatuor no4 en ut mineur apparaît sombre et ruminant, les interprètes en maintenant constamment la tension et le caractère dramatique.
En progressant dans les quatuors de la période intermédiaire, nous découvrons une musique plus puissante et profonde. Ces œuvres de dimensions plus imposantes incluent les trois quatuors de l’opus 59, ainsi que les opus 74 et 95. Ils ne sont pas seulement psychologiquement plus intenses, mais sont aussi plus exigeants sur le plan technique pour les interprètes. Les quatuor de l’opus 59 furent commandés par le prince Razoumovsky, ambassadeur de Russie à Vienne et grand mécène. Le premier est mon préféré. Le Quatuor Stanislas adopte des tempi confortables, et joue avec souplesse et un véritable sens du but à atteindre. Le troisième mouvement ( Adagio e mesto), par ses qualités émotionnelles et mystiques , est le véritable cœur de l’œuvre. Un jour nouveau éclaire le Final à la saveur russe , interprété avec verve et vigueur. Des deux quatuors suivants, l’opus 95 me semble un des plus difficiles à défendre. Il est structurellement plus compact, et le discours des cordes sonne plus ténu. Néanmoins, cette lecture est convaincante par son intensité dramatique. Le deuxième mouvement Allegretto est particulièrement remarquable pour sa tendresse. Après le Larghetto espressivo introductif du Final, l’ensemble va vraiment au fond des choses, produisant un jeu puissant et accentué.
Les cinq derniers quatuors explorent de nouvelles voies, et,le compositeur allait révolutionner le genre dans ces œuvres sublimes. Elles l’ont occupé tout au long des deux dernières années de sa vie. Le Quatuor Stanislas investit ces œuvres avec une véritable vision interprétative et une musicalité impeccable. Dans le no14 en ut mineur opus 131, nous sommes guidés tout au long des sept mouvements dans un impressionnant voyage. De même, l’opus 132 en la mineur cours vers sa fin avec une implacable logique. La Grande Fugue est tendue, précises et concentrée. En fait, tout le spectre des émotions humaines est présent dans ces chefs d’œuvre tardifs.
Ces interprétations extraordinairement satisfaisantes restituent pleinement le saisissant frisson du concert, et ne sont en rien perturbées par des bruits extérieurs à la musique. Magnifiquement présenté, le coffret présente un beau livret en français et en anglais.
Stephen Greenbank
MUSIKZEN (juin 2020)
Fondé en 1984 à l’initiative de Jean de Spengler, juste après sa prise de fonction comme violoncelle solo à l’Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy, devenu depuis Orchestre de l’Opéra National de Lorraine, le Quatuor Stanislas a donné en trente-six ans plus de mille concerts, en « formation quatuor » ou dans le cadre élargi de l’Ensemble Stanislas. Il a joué et gravé un répertoire peu connu, dont les sept quatuors de Guy Ropartz, actif à Nancy de 1894 à 1919. Rares sont les Quatuors qui, comme lui, ont vécu uniquement grâce à leurs concerts, à partir de 1992 principalement dans la salle Poirel, construite en 1889 et restaurée en 1999, à l’acoustique incomparable. Des activités des Stanislas témoigne cette intégrale des quatuors de Beethoven, enregistrée (avec comme modèle le Quatuor de Budapest) en concert dans cette salle (exception faite du n°11 opus 95) de 2003 à 2015 (à l’exception du n°14 opus 131, capté dès 1994). Interprétations live donc, non sans quelques corrections (comme la suppression de quintes de toux intempestives) rendues possibles grâce à l’enregistrement aussi des répétitions générales. Sont tout à fait perceptibles l’émotion et surtout la tension produites, par-delà leurs imperfections, par des exécutions de concert, avec mention spéciale pour le n°7 opus 59 n°1 ou encore le n°13 opus 130. Seuls deux musiciens ont participé à toute cette intégrale, le premier violon et le violoncelliste-fondateur. On a ici, avec ses aléas, le reflet fidèle de la vie d’un quatuor à cordes durant un quart de siècle.
Marc Vignal
DIAPASON (Septembre 2020)
(...) Captée pour l'essentiel en concerts, ces exécutions, grevées des aléas du live, sont presque toujours emplies de tension et de ferveur. Il n'est pas question de les comparer aux intégrales, plus achevées techniquement, qui trônent au sommet de la discographie (Budapest, Juilliard, Italiano, Berg, Artemis), mais elles méritent d'être saluées pour la leçon d'engagement et d'humilité qu'elles délivrent.
Les quatuors no1,6,7,13 et 15 sortent du lot, tant sur le plan de lectures à la fois énergiques, introspectives et mesurées, que sur celui d'un approfondissement rythmique. Les passages denses et périlleux (tels les trois premiers mouvement du 7ème, l'Adagio du 12ème, le premier mouvement du 13ème ou le Chant de reconnaissance du 15ème) sont plutôt réussis.
Quoi qu'il en soit, le Quatuor Stanislas sait rendre touchante, sans jamais l'édulcorer, la violence souvent âpre, aride et contrastée qui caractérise ces dix-sept chef-d’œuvre.
Patrick Szernovicz
CLASSICA (octobre 2020)
Formé en 1984 et constitué de membres de l'Opéra National de Lorraine, le Quatuor Stanislas s'est illustré à plusieurs reprises dans le répertoire français, gravant des pages confidentielles, voire inédites, de Ropartz et Thirion (Timpani), ou Jaques-Dalcroze. En parallèle, l'ensemble s'est régulièrement produit sur scène à Nancy, à l'Opéra et à la salle Poirel, lors de concerts enregistrés dédiés au grand répertoire du quatuor à cordes. C'est à partir de ce fond que les Stanislas présentent aujourd'hui cette intégrale, à rapprocher, par son classicisme apollinien, de celle des Budapest et des Berg, plus que du romantisme chaleureux des Talich. Ces archets robustes alternent les climats et les tempos avec pertinence, mais il ne faut pas y attendre la perfection d'une captation en studio: ici un auditeur tousse, là les interprètes tournent une page, ailleurs l'intonation se fait moins précise. On y trouvecependant cette ambiance magique, propre au concert, le pouls battant, où chaque seconde semble inventer la suivante, entre fougue, engagement et prise de risque, livrant un portrait exhaustif du compositeur, des premiers quatuors haydniens à l’éclatement de la forme des opus tardifs.
Fabienne Bouvet (Classica, octobre 2020)

